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UN AUTRE REGARD

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Bilan de la table ronde : l'art de ré-enchanter les lieux

    Auteur : Nicolas DELIN

    Bilan de la table ronde : l'art de ré-enchanter les lieux

    Retour sur cette soirée du 17 novembre 2009 qui eut lieu au CAUE du Nord en guise d’ouverture de sa saison 1 « ville-nature ». Au programme : un melting pot d’acteurs se réunissaient autour de TRACT of LAND, dernière création vidéo d’Anna-Katharina Scheidegger, et pour y évoquer les voies ferrées, leurs abords, leurs non-lieux.


    Au croisement des enjeux économiques et paysagers

    Après une collaboration en 2008, à l’occasion de l’exposition « Panorama & Fragments » (co-réalisé par le CRP, le Goethe-Institut et le CAUE du Nord), Pia Vienning a sollicité le CAUE du Nord pour participer au choix de jeunes artistes qui auraient l’opportunité de mener un travail dans le cadre d’une résidence dans la région. C’est à cette occasion que nous avons pu apprécier la sensibilité d’Anna-Katharina Scheidegger.

    Cette artiste pose un regard sur nos espaces urbains ainsi que sur les lieux en marge de notre territoire. Son film répond à certaines interrogations dont nous avait fait part, il y a un an, le Club Gagnant sur les problématiques des abords des voies ferrées et en particulier du TGV.


    TRACT OF LAND, a symphony : figer le mouvement pour le réanimer. Ce film joue sur notre méconnaissance des non-lieux, en particulier les abords du réseau ferré du Nord-Pas-de-Calais. Il s’agit d’un travail photographique sur ces espaces que l’on ne connaît que dans le mouvement : ceux du transport et de la mobilité ferroviaire. Ces photos sont ensuite filmées pour retrouver un trajet dont seule l’auteur détient le rythme de course. Derrière le désert de certaines voies, on peut néanmoins reconnaître nos identités paysagères pour toujours, en mutation. Puis apparaissent les traces de l’appropriation éphémère que sont les graffitis (ou l’abandon d’objets domestiques), pour ensuite nous confronter aux images de l’habitat précaire et temporaire d’un campement de Roms. C’est enfin à travers les jeux de très jeunes riverains qu’Anna-Katharina Sheidegger nous démontre que ces abords ferroviaires ne sont pas que « non-lieux » mais bel et bien des espaces dores et déjà appropriés.
    Elle en profitera par ailleurs pour présenter les installations photographiques de l’artiste JR. Celui-ci a travaillé sur des photo-portraits d’habitants (notamment des favelas), pour ensuite coller ces portraits sur leurs habitations de manière à créer un dialogue entre les habitants, leur quartier et le reste de la ville.

    le réseau férré et la culture du rail Véronique Lechevin représentait le RFF et appuya l’idée qu’en marge du réseau ferré de France, c’est bien « la vie » que rencontre quotidiennement ses employés. Que la gare est bien à restituer comme lieu de vie et que se retrouve dans la balance le patrimoine architectural des plus belles gares comme l’ingratitude de certains postes d’aiguillage perdus entre deux voies. V. Lechevin ne manquera pas de nous rappeler que le RFF est plus que jamais un espace économique.
    Dorothee Ulrich pour le Goethe-Institut nous a présenté dans une vision large et internationale, la place du train et de l’univers de la voie ferrée dans le cinéma. Après avoir s’être brièvement référée à "La bête humaine" ou encore à "Le mécano de la générale", elle a ouvert la réflexion sur la question de la culture des déplacements en train qui, par son perpétuel mouvement de travelling, fait que le regard du voyageur ne se porte plus sur un paysage mais sur une image. Cette idée s’illustre par ailleurs très bien dans le tout dernier film de Jim Jarmush "The Limits of Control".

    Lille, Avant G’Art Pascal Boulanger, président du Club Gagnant, nous a fait part de ses regrets vis-à-vis d’un certain manque d’accueil en ce qui concerne l’arrivée en gare du TGV Paris-Lille (comme dans d’autres grandes ville de France), notamment au moment de la décélération du train. Tout en relevant de belles images dans le film TRACT OF LAND, il déplore les clichés « passéiste » de notre département tel que le gris du ciel ou du béton.
    A ces inquiétudes, le CAUE du Nord a répondu par une invitation au voyage par une mise en situation du regard : un effet galerie pour l’entrée d’agglomération inséré dans le paysage pour surprendre le voyageur. Il ne s’agit pas d’embellir ou de camoufler le paysage mais plutôt de mettre en exergue des éléments de singularité de celui-ci. Ce projet collaboratif a été baptisé Lille, Avant G’Art.C’est bien en confrontant les points de vues et les expériences de chacun qu’émergent les perspectives de projets sur ces lieux jugés difficiles d’appropriation. Sur ces « no man’s land », l’Histoire ne manque pas et il est indéniable que leur place est aujourd’hui centrale tant économiquement que culturellement dans notre territoire.

    Le "non-lieu", cet espace bien réel

    C’est bien en confrontant les points de vues et les expériences de chacun qu’émergent les perspectives de projets sur ces lieux jugés difficiles d’appropriation. Sur ces « no man’s land », l’Histoire ne manque pas et il est indéniable que leur place est aujourd’hui centrale tant économiquement que culturellement dans notre territoire.


    On s’interrogera donc sur :
       Comment s’accorder pour que la diversité d’usagers des transports ferroviaires se retrouve dans la complexité paysagère de notre territoire ?
    -    L’artiste n’a-t-il (et elle) pas une place de choix dans la réconciliation des points de vues vis-à-vis des espaces de non-lieux ?
       Si cette réconciliation doit avoir lieu, les résidents des ces espaces ne doivent-ils pas y prendre part ?